Hommage à Ferry, Hollande serait-il raciste ?
Publié le 5 Janvier 2013
Pour cet article, j’ai choisi de me pencher sur un dossier d’actualité, avec un titre polémique. Dès le début, enlevons les malentendus, Hollande n’est pas raciste, mais il rend hommage à des gens qui peuvent, par certains côtés, n’être pas fréquentable. Revenons sur les événements.
Au début du mois de mai 2012, notre président socialiste nouvellement élu, François Hollande, qui se veut le président du changement, à rendu un hommage très clair à Jules Ferry pour ses lois scolaires. Il a quelque peu oublié certains détails historiques. Le chantre de l’école laïque, qu’on ne peut lui enlever car c’est une mesure historique allant dans le sens du progrès, quoi que nous verrons que les idées du citoyen Ferry sont quelque peu ambiguë. Toujours est t-il qu’on ne peut nier le colonialisme de Ferry. Ce dernier est favorable au darwinisme social, désincarnant la science pour lutter contre la religion, tout en créant une nouvelle religion. C’est un paradoxe et un emploi de la science très dangereux, car au nom de la science il va défendre l’existence de races supérieures et de races inférieures. Ce fameux débat de 1885 arrive à ceci, sortie de la bouche du grand républicain qui donne son nom à tant de rues et d’écoles :
« Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… (Marques d’approbation sur les mêmes bancs à gauche – Nouvelles interruptions à l’extrême gauche et à droite.) » (FERRY, à la chambre le 28 juillet 1885).
Bien sûr, notre sympathique républicain, Ferry, en rajoute, palabrant sur les devoirs des civilisations supérieures :
« Ces devoirs, messieurs, ont été souvent méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement, quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. (Très bien ! très bien !) Mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation. »
Bien sûr, ce colonialisme n’est pas seulement le discours d’un occupant, mais c’est le discours de quelqu’un qui est raciste. Claude Guéant, un ministre de l’Intérieur, a osé réactivé ce débat sur une hiérarchie entre les civilisations, affirmant que la nôtre – même si j’ai du mal à voir de quoi il s’agit – est supérieure à celle de ces musulmans fanatiques. Les socialistes avaient criés au scandale, s’opposant à ce discours raciste. Que fait Hollande, une fois élu, rendre un hommage sans bornes à un personnage raciste, qui a peut-être fait des choses pour l’instruction publique, mais nier cet aspect du politicien est tout de même très grave, d’autant que ce n’est un mystère pour personne.
À la chambre, en ce mois de juillet 1885, le débat continue sur les « vertus » du colonialisme :
« FERRY : Est-ce que vous pouvez nier, est-ce que quelqu’un peut nier qu’il y a plus de justice, plus d’ordre matériel et moral, plus d’équité, plus de vertus sociales dans l’Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? Quand nous sommes allés à Alger pour détruire la piraterie, et assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée, est-ce que nous faisions œuvre de forbans, de conquérants, de dévastateurs ? Est-il possible de nier que, dans l’Inde, et malgré les épisodes douloureux qui se rencontrent dans l’histoire de cette conquête, il y a aujourd’hui infiniment plus de justice, plus de lumière, d’ordre, de vertus publiques et privées depuis la conquête anglaise qu’auparavant ?
CLEMENCEAU : C’est très douteux !
PÉRIN : Rappelez-vous donc le discours de Burke ! »
Qui est donc ce Burke ? Edmund BURKE (1729-1797) est un Anglais qui publie en novembre 1790 ses Reflections on the Revolution in France. Le livre est très vite un best-seller vendu à plusieurs milliers d’exemplaires. Ce connaisseur de la France s’indigne des événements de 1789. Ses thèses se répandent comme du petit pain dans les salons parisiens. Ses thèses ? Ah oui… elles sont fort simple et peuvent paraître difficile à comprendre pour celui qui n’a pas un minimum connaissance du contexte. Sa première thèse reprend un débat émergé dès la Révolution, celui de son lien avec la « Glorieuse Révolution » anglaise de 1688. Pour le politicien britannique, il n'est pas imaginable de comparer la glorieuse à la piteuse révolution, d’une certaine manière. Sa deuxième thèse, c’est la stigmatisation systématique des idées misent en avant par les révolutionnaires. Dans son livre, il rejette donc les idées des Lumières sur lesquelles un certain nombre de révolutionnaires s’appuient.
Ainsi, lorsque Pépin cite Burke, il veut tout simplement dire que l’idéal colonial des Anglais, qui reprennent les idées d’un réactionnaire, ne peut être celui de la « justice », de « l’ordre » et de la « lumière ». Au contraire, cela renvoie plutôt à la contre-révolution. Le fumeux Livre noir de la Révolution (2008) reprend parfois des thèses assez identiques de celles de la contre-révolution, sapant les idées qui en sont à la base, accusant les révolutionnaires, dont Robespierre, de n’être que des criminels assoiffés de sang et sans aucunes idées concrètes. Bien sûr, tout cela n’est qu’un ramassis d’inepties, même s’il n’est bien sûr, pas possible de nier les morts de la Vendée et de la Terreur, mais c’est comme avec l’esclavage, il faut être capable de remettre les choses à leur place, surtout quand ça dérange les nationalistes catholiques. Ce livre est encore plus désolant lorsque l’on sait que Tulard, le grand spécialiste de Napoléon, y a participé. Une œuvre manipulatrice donc, qui avec le soutien de quelques membres de l’Institut, cherche à faire passer des thèses orientées en proposant une lecture contre-révolutionnaire de la Révolution. Pour ma part, le fait que des historiens comme Assouline, Leuwers ou encore l’historienne Mona Ozouf, aient critiqués ce livre est assez significatif. Des revues, comme L’Histoire ou comme les Annales de la Révolution française se sont également montrées critiques. Quant à Tulard, où il a agit en connaissance de cause, où il n’a pas compris de quoi il s’agissait…
Bref, revenons à nos moutons, et concluons avec une citation qui permet de montrer que même à l’époque il existait des gens intelligents qui percevaient la dérive de propos comme ceux de Ferry. Donc, trois jour plus tard, intervient dans ce débat de 1885 un autre homme politique, bien plus lucide que Ferry :
« Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit qu’elles exercent, ce droit, par une transformation particulière, est en même temps un devoir de civilisation. Voilà en propres termes la thèse de M. Ferry (…) »
Plus loin il ajoute :
« Races supérieures ? races inférieures, c’est bientôt dit ! Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation, et de prononcer : homme ou civilisation inférieurs. Race inférieure, les Hindous ! Avec cette grande civilisation raffinée qui se perd dans la nuit des temps ! avec cette grande religion bouddhiste qui a quitté l’Inde pour la Chine, avec cette grande efflorescence d’art dont nous voyons encore aujourd’hui les magnifiques vestiges ! Race inférieure, les Chinois ! avec cette civilisation dont les origines sont inconnues et qui paraît avoir été poussée tout d’abord jusqu’à ses extrêmes limites. Inférieur Confucius ! En vérité, aujourd’hui même, permettez-moi de dire que, quand les diplomates chinois sont aux prises avec certains diplomates européens… » (CLEMENCEAU à la chambre le 31 juillet 1885)
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