Les premiers Capétiens (987-1137).

Publié le 28 Janvier 2013

Quand les historiens évoquent la montée en puissance des Capétiens, ils mettent généralement en avant trois atouts : la continuité biologique qui de Hugues Capet à Philippe le Bel, a permis, au régnant de toujours disposer d'un héritier mâle; la cohésion d'un domaine réduit mais relativement riche ; le prestige du sacre, enfin, qui lie indéfectiblement le roi et l'Église en assurant au Capétien le soutien des évêques.

Xavier HÉLARY, 2012.

HISTORIOGRAPHIE.

Au début du XXe siècle, apparaît un regain d'intérêt pour la période médiévale. Ainsi, des historiens comme Halphen, Pirenne ou Lot, ont marqués la scène universitaire du moment. Charles-Victor Langlois (1863-1929), quant à lui, est moins connu comme médiéviste que comme théoricien de l'histoire. Parmi ces historiens, Marc Bloch (1886-1944) reste le plus populaire, notamment pour son ouvrage intitulé La société féodale (1939). De tout ceux qui viennent d'êtres cités, il est bien le seul à ne pas être considéré comme dépassé aujourd'hui. Toutefois, un historien comme Dominique Barthélemy, dans sa Nouvelle histoire des Capétiens (2012) est conscient de ce que les médiévistes du XXIe siècle doivent à ces historiens. Pour bien nous en rendre compte, faisons un bref panorama historiographique, en nous centrant sur notre pèriode, c'est-à-dire les premiers Capétiens.

Louis Halphen (1880-1956), membre de l'Institut, publie en 1946 un livre intitulé L'Essor de l'Europe (XIe-XIIIe siècle) dans lequel il aborde l'apparition de la féodalité, mais surtout la formation des grandes monarchies. Il commence ainsi son premier chapitre :

Une solide armature centrale avait valu jadis à Rome la maîtrise de tout le bassin de la Méditerranée ; ce fut, au contraire, par le libre jeu de forces en apparence inorganiques que l'Europe médiévale, au début du moins, put s'affirmer comme la future souveraine du monde.

Louis Halphen, 1946.

Halphen consacre le troisième chapitre de son deuxième livre à la royauté française sous les premiers Capétiens. C'est avec l'avènement de ces derniers que "l'idée monarchique (va) reprendre corps tout à coup et, par un brusque revirement, s'imposer à la masse" (1946). Il transparaît assez bien les trois points dont nous avons parlés. Hugues est âgé déjà et il peut associer son fils Robert sur le trône sans trop redouter une régence. Cela change, il est vrai, des carolingiens, qui accédaient parfois au trône encore au berceau. Néanmoins, malgré l'obligation de synthèse que nécessite le format de son étude, Halphen est conscient des difficultés auxquelles les rois Robert, Henri et Philippe sont confrontés. Sans en tirer de conclusion, ni émettre nullement d'hypothèse, l'historien nous permet de comprendre que la grande majorité des ennemis des rois sont des comtes, c'est-à-dire le bas de l'échelle seigneuriale aux Xe et XIe siècles. En Normandie, Henrie Ier (1031-1060) perd par deux fois face au duc de Normandie, notamment à Mortemer en 1054. Halphen est toutefois critique envers "son fils et peu glorieux successeur", Philippe Ier (1060-1108). Une partie entière est consacrée à Louis VI considéré traditionnellement comme le roi féodal par excellence, celui qui lutta avec succès contre les "barons". C'est d'ailleurs le roi qui apparaît au début du fameux film Les visiteurs.

Ferdinand Lot (1866-1952), membre de l'Institut, s'est beaucoup intéressé à la pèriode aujourd'hui prénommée Antiquité tardive, mais il est surtout spécialiste des IXe et Xe siècles. Toutefois, un de ses livres les pus faciles à lire est sans conteste La France des origines à la guerre de Cent-Ans (1941). Ainsi, il a consacré sa thèse à Hugues Capet. Il a publié de nombreuses études, livres composés de textes réunis en un volume. Le tout premier de ses ouvrages, intitulé Les derniers carolingiens (1891) commence ainsi :

La période que je me propose d'étudier s'étend de la mort de Louis d'Outremer à la prise de Charles de Lorraine (954-991); elle embrasse donc les règnes de Lothaire, de Louis V, et la première moitié de celui de Hugues Capet. Cette époque passe pour la plus obscure de l'obscur Xe siècle, et les historiens qui s'en sont occupés me semblent ne l'avoir ni bien connue ni surtout bien comprise.

Ferdinand Lot, 1891.

Aujourd'hui encore, le IXe siècle et le début du Xe siècle forme une période fort détaillée, notamment concernant toutes les escarmouches et la succession des rois, avec l'enchevêtrement des Carolingiens et des Robertiens. Sur la seconde moitié du Xe siècle, laissons Ferdinand Lot continuer :

Il est extrêmement fâcheux que, sur l'époque capitale qui vit la ruine des derniers descendants de Charlemagne et l'avènement d'une dynastie qui présida pendant huit siècles aux destinées de notre pays et qui fut probablement la plus longue que l'histoire du monde est connue, nous ne possédions encore que des notions vagues, indécises, inexactes.

Ferdinand Lot, 1891.

Il serait inutile de continuer ainsi. En effet, on aura compris le rôle que Ferdinand Lot a pu jouer concernernant l'étude des IXe et Xe siècles. Or, bien peut sont les lecteurs de ce médiéviste aujourd'hui, ce qui est regrettable. D'une part, son écriture est d'un accès relativement facile pour des lycéens amateurs de la période et surtout pour des étudiants. D'autre part, beaucoup de ses oeuvres se trouvent sur Internet.

Continuons notre panorama avec un historien non encore mentionné. Il s'agit d'Achille Luchaire (1846-1908) qui appartient à la génération qui précède celle des Lot, Pirenne et autre Halphen. Pour sa part, il a publié sont premier livre en 1877, intitulé Alain le Grand, sire d'Albret. L'administration royale et la féodalité dans le midi (1450-1522). Ce n'est pas ce texte qui va nous intéresser ici, mais ce sont ceux qu'il a consacré aux Capétiens, notamment deux tomes de la fameuse "Histoire de France" dirigée par Ernest Lavisse. Il faut attendre la page 144 de son ouvrage Les premiers Capétiens (987-1137) (1901) pour voir apparaître une description et l'histoire de ces rois. De manière générale, Luchaire se plaît à décrire les dynasties des grands seigneurs du moment, comme le duc de Normandie ou la famille d'Anjou. Voici le commencement de son chapitre sur les premiers Capétens :

Entre la féodalité et l'Église, qui se sont partagés la terre et le gouvernement des hommes, quelle place reste t-il pour le roi ? On a incidemment parlé de lui dans les pages qui précèdent, mais pour constater surtout son impuissance. Il suffit de jeter les yeux sur une carte de France au XIe siècle : le mince territoire qui constitue le domaine de la monarchie donne la mesure de sa déchéance. Le plus étonnant est qu'elle persiste à vivre, et qu'une dynastie nouvelle ait pu reprendre et faire durer pendant des siècles le pouvoir aux Carolingiens.

Achille Luchaire, 1901.

Cette vision des choses n'est pas particulière à Luchaire, qui semble méconnaître la période justement mis en avant par Ferdinand Lot. Toutefois, le livre de Luchaire marque un moment important. En effet, Lavisse avait à coeur de faire bien les choses et il a "recruté", pour écrire les tomes de son "Histoire de France" uniquement des historiens reconnus. Il s'agit donc d'une oeuvre magistrale pour l'époque, qui synthétise, sans grand appareil critique, les connaissances les plus avancées.

ARCHEOLOGIE.

 

Les historiens que nous venons de survoler ont tous puisés leurs informations, pour la plupart, dans les chartes et les chroniques. Aujourd'hui, les historiens s'intéressent aussi à l'archéologie. C'est ce que nous allons voir maintenant. Toutefois, plaçons le décor. Les IXe et Xe siècles sont considérés comme une période de "mutation". Dominique Barthélemy a consacré un livre à la "mutation féodale". Elle suscite des débats, ne serait-ce que pour sa datation, mais aussi pour son interprétation. Trois hypothèses sont envisagées :

  1. Il s'agit d'une vague de réaction populaire face à la violence des seigneurs, tout cela dans un contexte eschatologique (attente de la fin du monde). Cette hypothèse n'est plus guère défendue au XXIe siècle semble t-il.

  2. Il peut s'agir d'un moment de tensions sociales, mais qui ne provoquent pas de peurs excessives.

  3. Enfin, cette "mutation de l'an mil" est peut-être totalement infondée, ou bien elle est plus tardive, comme le pense Dominique Barthélemy.

Pourquoi parler de cela ? En fait, une découverte faite à Pineuilh en 2003 permet d'éclairer un peu mieux cette "mutation". Pineuilh se trouve sur un bras mort de la Dordogne, en Gironde. Les archéologues ont mis au jour un site aristocratique dont l'habitat principal a été construit sur une platefoire de terre en 979. Dès 981, cet habitat est agrandi, fondé sur des poteaux en chêne. Une passerelle permet de relier la terre ferme. Grâce aux études dendrochronologiques, les chercheurs ont pu montré que les derniers travaux sur le site remontent à 1060. C'est l'année durant laquelle Guillaume le Conquérent a envahi l'Angleterre. Le mobilier du site, les ustensiles, les instruments de musiques, des armes de chasse ou encore des pièces d'échecs, ainsi que des pièces de harnachement des chevaux ne laissent point de doute sur la nature du site. Il est bien aristocratique.

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #histoire

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