La transition du Ve siècle : quelques figures.

Publié le 7 Janvier 2013

CONTEXTE POLITIQUE : LES SUCCESSEURS DE THÉODOSE Ier (378-395)

 

Théodose Ier (347-395), empereur d'Orient en 379, demeure en Occident à partir de 388. En janvier 395, il meurt à Milan, sa capitale. L'usurpation d'Eugène, en 392, montre qu'il y a des faiblesses dans l'organisation de l'Empire voulue par le défunt empereur. Conscient de ses « failles », Théodose choisit de nommer deux empereurs pour lui succéder. Ainsi, ses deux fils deviennent auguste : Arcadius (377-408) obtient l'Orient et Honorius (384-423) l'Occident. Les deux princes manquent d'expérience. Théodose, pour pallier à cela, décide de nommer son neveu par alliance, Stilicon, général en chef des armées et grand régent impérial. D'origine germanique, cet homme compétent, du reste un des derniers militaires disponibles, semblait s'imposer de lui-même pour gérer ce vaste ensemble. Seulement, une question nous vient assez vite : Stilicon va t-il réussir à mener à bien sa mission de régence alors qu'il manque cruellement d'hommes et d'argent ?

 

La succession de Théodose le Grand

 

C'est donc en janvier 395 que meurt à Milan, sa capitale, l'empereur Théodose. Son règne marque le début de la mainmise de l'Eglise sur l'Empire d'Occident. Deux ans auparavant, la religion chrétienne devenait officielle. Seulement, déjà, avec l'usurpation d'Eugène en Gaule, des failles apparaissent dans le système. Pour éviter une gestion trop lourde de l'ensemble, et afin de permettre un retour à la puissance d'antant, Théodose décide de diviser en deux l'imperium. L'aîné, Arcadius (377-408), est placé sur le trône d'Orient à Constantinople, et le cadet, Honorius (384-423), est placé sur le trône d'Occident à Milan. Les deux princes étant trop jeunes, le neveu par alliance de Théodose, Stilicon, époux de Serena, devient le général en chef des armées et grand régent impérial. Ce Vandale d'origine, était le plus à même de gérer ce vaste ensemble. 

Seulement, nous pouvons poser la question : va-t-il pouvoir mener à bien sa mission alors qu'il manque de soldats et d'argent ?

 

La crise de Constantinople

 

En Orient, deux personnages vont se mener une guerre dans l'ombre de la cour... L'objectif sera d'obtenir la reconnaissance du jeune prince, maladif et influençable, mais très instruit et cela grâce à son précepteur, Themistius, un philosophe païen. D'un côté, il y a le Préfet du Prétoire d'Orient, Rufin (335-395), originaire des Gaules, homme intelligent mais plus éloquent et ambitieux que véritablement capable. De l'autre côté, il y a un eunuque, Eutrope, ancien esclave arménien, qui est soutenu par Stilicon. 

L'année 395 est importante. Non par la mort de Théodose, un pur hasard de la vie humaine, mais parce que le sort de l'Empire se joue cette anné-là. Rufin est alors en campagne tandis qu'Eutrope est à la cour. Il fomente un complot contre le Préfet. Pour ce faire, une mise en scène est organisé admirablement... Celle du mariage d'Arcadius avec la jeune et belle Eudoxie, fille d'un chef franc (tiens, tiens...) nommé Bauto. Rufin, tout à sa guerre, rejette les Wisigoths d'Alaric à la mer... Ce peuple, allié de Stilicon, était chargé de faire diversion afin de permettre aux troupes d'Occident de débarquer en Grèce. 

En novembre, Rufin, afin d'assoeir son autorité, qu'il sait chancelante, sans vraiment se rendre compte du danger qu'il court, entreprend un voyage officiel en Syrie. Pendant ce temps, Eutrope, toujours allié de Stilicon, réunis à Constantinople les troupes du général Gaïnas, un Goth. Ensuite, il organise une revue de troupe que doit mener Rufin sous les yeux de l'empereur. Le Préfet du Prétoire y voit une preuve de considération et s'y rend, malgré les mises en garde de ses officiers. Il est massacré. Eutrope s'empare du pouvoir et devient le favori d'Arcadius.

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Honorius (384-423)

 

"Guerre froide" entre l'Occident et l'Orient

 

Eutrope, pour assoeir son pouvoir, doit affaiblir Stilicon. Comment s'y prendre ? Il a une idée machiavélique (bien avant Machiavel). Il contact le comte d'Afrique, Gildon, un proche de Théodose, prince maure et fils du roitelet des Jubaleni, Nurbe. Ainsi, le comte refuse de reconnaître Honorius, considérant que seul l'aîné est légitime. Il coupe les arrivages de blé en partance pour Rome. Stilicon est déclaré ennemi public, puis c'est autour du Sénat romain, en 398, de déclaré ennemi public Gildon.

Une armée, commendé par Mascezel, frère du traître, débarque en Afrique. Il écrase Gildon lors de la bataille de l'Ordalio et le fait emprisonner à Tabarca en Tunisie où il est exécuté (à moins qu'il se soit donné la mort comme le prétend la rumeur). Cet épisode est cité, si mes sources sont bonnes, par le poéte Claudien et par l'historien Ammien Marcellin dans ses Histoires (livre 29). Je n'ai pas pris le temps de vérifier, et donc je donne cela à titre indicatif et avec des guillemets.

Une véritable Guerre Froide va commencer entre les deux empires. Stilicon comprend qu'il a été trompé par l'eunuque. Eutrope, en tyran, dait tuer ses anciens soutiens à la cour, dont son maître Abundantius et le puissant général Timase. Nommé Grand Chambellan en 398, il devient même Consul pour l'Orient en 399. Cette situation ne peut plus durer. Eudoxie, en s'appuyant sur le clan opposé aux Goths, foment un coup d'Etat. Chassé de la cour, Eutrope s'enfuit. Il est rattrapé à Chalcédoine, actuellement la rive asiatique d'Istanbul, et exécuté après un semblant de procès.

L'Orient échappe à Stilicon, mais il parvient à se maintenir en Occident où il agit comme l'empereur sans l'être. Son statut fit croire à de nombreux contemporain que le régent aurait voulu prendre la place de l'empereur. Pourtant, il restera fidèle à Honorius. D'ailleurs, beaucoup ne le savent pas, Stilicon est un membre de la famille impériale. Lorsqu'il organise le mariage entre sa fille Marie (385-408) et Honorius il ne déroge à aucune règle. De nombreux empereurs ont épousé leur cousine, leur nièce, etc. Certes, Stilicon renforce son emprise sur la famille impériale, mais il n'est pas encore décidé à faire règner son fils, Eucher.

Ainsi, en un peu moins de cinq ans, il y a une fracture qui s'est ouverte entre l'Occident et l'Orient. Comment les deux ensembles vont gérer leur cohabitations jusqu'en 476 ? C'est une vaste question, car les rapports diplomatiques entre les deux capitales - Ravenne (à partir de 402) et Constantinople - seront tendus.

 

HYPATHIE D'ALEXANDRE : SYMBOLE DES LUTTES RELIGIEUSES ?

 

Hypathie d'Alexandrie (370-415) était une philosophe néoplatonicienne dont le film Agora (2009) d'Alejandro Amenábar narre la mort en martyre. Ville-monde, Alexandrie est connue pour sa bibliothèque. Une École philosophique y était implantée et le restera jusqu'en 640. Hypathie était la fille du philosophe Théon avec qui elle étudia les thèses d'Euclide et de Ptolémée. Sa mort la fit davantage connaître que ses écrits. En effet, elle a été écorchée vive par des séides du patriarche de la ville, Cyrille.

 

Les sources

 

Le peu de sources dont dispose les historiens de la philosophie et de la pensée en générale, sont plutôt favorable à Hypathie. Socrate le Scolastique, l'auteur d'une Histoire ecclésiastique, était un chrétien de Constantinople. Il dénonce l'attitude de Cyrille. Notre chroniqueur décrit Hypathie comme lectrice de Plotin, et, nous explique t-il, elle connaissait parfaitement la pensée de Platon. Charismatique, sans doute assez belle, elle avait un charme qui la rendait apprécié de ses concitoyens. Un certain Damascius, dernier chef de l'Académie, nous le décrit déambulant dans la ville revêtue de sa toge blanche et interpellant ses concitoyens à la manière de Socrate. Un Jean de Nikiu, au VIIe siècle, critique Hypathie en l'accusant d'être une magicienne et une ensorceleuse. Seulement, Jean est copte, et il défend Cyrille d'Alexandrie car ce patriarche est le fondateur de l'église copte. Son témoignage n'est donc pas fiable.

 

Une universitaire moderne

 

Hypathie nous apparaît comme une véritable universitaire moderne, mêlant recherches, publications et enseignements. Elle prononçait des conférences devant un grand nombre d'auditeurs, un peu comme un professeur d'aujourd'hui qui fait cour devant les amphis des facultés. Hypathie donnait aussi des leçons ''particulières'' à un auditoire beaucoup plus réduit. Ses leçons sont beaucoup plus poussées que les cours magistraux. Nous avons le noms de ses étudiants : Herculianus, Olympius, Ision, Hesychius, Euoptius et son frère Synesius, Alexandre, Théoctenus, Gaius et Auxentius. La plupart de ses élèves viennent des quatre coins de l'Empire et appartiennent à des riches familles de notables. Cela nous permet de noter la réputation d'Hypathie dans l'Empire d'Orient. Ses étudiant, d'ailleurs, formaient davantage une bande d'amis qu'une classe comme nous les connaissons aujourd'hui dans nos universités. Ils ont toujours respectés l'enseignement de leur maître toute leur vie, alors que certains d'entre eux étaient chrétiens. Bref, Hypathie serait une excellente professeure de fac.

 

Son enseignement

 

Je serais très cours sur son enseignement car c'est le point le moins connu. Nous savons qu'elle a lu Plotin, qu'elle connaît fort bien Platon et Aristote ainsi que les théories du fameux Pythagore, le système d'Euclide et celui de Ptolémée. Son enseignement est donc le plus classique qu'il soit, c'est-à-dire le quadrivium. Nous dirions aujourd'hui qu'elle est spécialiste de la science expérimentale. Elle donnait des cours de mathématiques, de géométrie, d'astronomie ou encore de musicologie. Il convient donc de « casser » un mythe la concernant : elle n'a pas révolutionné les sciences de son temps. Aucun de ses élèves n'est devenu un génie. Ils étaient, certes, de très bons érudit, spécialistes dans les domaines que leur enseignait Hypathie, mais ils ont fait, dans le meilleur des cas, d'excellents professeurs. Proche d'Oreste, préfet d'Égypte, qui était païen, cela aurait pu laisser entrevoir qu'elle le fut aussi. Or, nous pouvons affirmer, sans une grande marge d'erreur, qu'elle enseignait plutôt la tolérance, cherchant les points communs entre la théologie naturelle du christianisme et la philosophie païenne. Alors, pourquoi a-t-elle été tuée ? Pour ses sympathies envers les païens ? Pour son amitié avec le préfet, hostile à Cyrille ? Par jalousie ou simplement par peur de sa notoriété et donc de son influence ?

 

Le contexte politique

 

En 415, date de la mort d'Hypathie, c'est l'empereur Théodose II qui règne. Son entourage est chrétien et sa sœur, Pulchérie, jeune femme de quinze ans, est la véritable détentrice du pouvoir. Cyrille d'Alexandrie est un proche de la famille impériale, ou, du moins, il en est pas moins respecté. Évêque de la ville depuis 412, cet homme d'église est né vers 376 et probablement mort en 444. Brutal et sans états d'âme, le patriarche chassa de sa ville les Juifs avant de s'en prendre aux Novatiens (hérétiques chrétiens) et aux Païens. Le préfet de l'Égypte, Oreste, s'opposa souvent à lui, mais il ne put empêcher les massacres de 415 au cours desquels périt Hypathie. Rappelons toutefois que l'Egypte est considérée comme le propriété personnelle de l'empereur et que son préfet est le troisième personnage de l'Etat.

Commandant en chef et l'armée, il a le pouvoir d'un vice­roi et peut donc légiférer au nom du prince. Lorsque Cyrille tenta de tuer le préfet en lançant contre lui les prêtres intégristes de Nitrie il fut obligé de se soumettre à l'autorité impériale et des menaces pesèrent sur sa personne. Pour se venger, le patriarche fit arrêter Hypathie et la donna en pâture à ses oilles les plus furieux. Elle fut, comme je l'ai dit, écorchée, ses yeux furent crevée, puis, écartelée, ses membres furent éparpillés au quatre coins de la ville par le peuple en furie. La justice impériale, comme par un hasard fort douteux, ne fut pas rendue. Pulchérie tient alors les rênes du pouvoir.

 

AUGUSTIN (354-430) : L'ÉVÊQUE PHILOSOPHE.

 

La marche vers la foi

 

Aurelius Augustinus n’est pas un lettré ordinaire. Celui que l’on appelle aujourd’hui saint Augustin est né en Algérie à Thagaste, actuelle ville de Souk-Ahras, en Algérie, le 13 novembre 354. Son père, Patricius, illettré, est citoyen romain d’origine modeste, et sa mère, Monique, est une fille berbère. Petite ville tranquille de Numidie, Thagaste existe depuis le début de l’ère chrétienne. Elle sera un siège épiscopal à l’époque d’Augustin. Peuplée avant tout de légionnaires réformés, de Berbères et de Puniques, la ville ressemble à beaucoup d’autres à cette époque et Patricius, le père d’Augustin, est un employé communal de l’époque. Sa mère est une femme chrétienne qui avait, selon son fils lui- même, beau-coup de foi. Malgré son inconstance morale, Patricius savait que seule l’étude permettait de faire quelque chose de sa vie. Il a donc économisé pour envoyer ses enfants à l’école. D’abord étudiant à Madaure, le jeune adolescent se retrouve, après une pause de deux ans, à Carthage. Augustin dira dans le livre III de ses Confessions : « Je vins à Carthage où j’entendais bouillonner autour de moi la chaudière des amours infâmes. » Plus tard il aura un regard critique sur cette période : « Je feignais d’avoir fait ce que je n’avais pas fait, avoue t-il sincèrement, pour n’être pas jugé d’autant plus méprisable que j’étais plus innocent et tenu pour d’autant plus vil que j’étais plus chaste. » C’est à cette époque qu’il rencontre celle qui sera sa femme et la mère de son fils, Adéodat. Il a alors dix-sept ans.

 

La conversion : découverte de Dieu. 

 

387. C’est à cette date que saint Augustin va se convertir au christianisme. D’abord manichéiste, platonicien, stoïcien, lecteur de Cicéron et adepte de Plotin et de Porphyre, il s’ouvre à Dieu et au Christ. De cette découverte émanera, à la manière de la maïeutique socratique, c’est-à-dire l’art d’accoucher les idées, un des plus grands penseurs du Moyen-Âge avant Thomas d’Aquin. Théologien et philosophe, Augustin a donné au monde des idées un nouveau visage. La religion n’est plus une chose abstraite, mais elle devient intelligible. Quant à l’indépendance de la raison, elle s’oppose à la dépendance de la foi. C’est la foi qui révèle la vérité au croyant alors que c’est la raison qui lui apprend la vérité. La foi, en effet, suppose une sorte de découverte. Cette découverte, qu’Augustin appelle Révélation, c’est la découverte de Dieu, mais aussi de soi-même. Le problème qui se pose dès le départ est simple mais profond : est-ce la raison qui précède la foi ou est-ce la foi qui précède la raison ? Pour Augustin, il n’y a aucune hésitation à avoir : c’est la foi qui précède la raison. Dieu a donné la raison aux hommes donc la raison provient de Dieu. Rechercher Dieu revient à rechercher la raison. Dès lors, si la révélation apporte la foi, la foi apporte la raison, c’est-à-dire la compréhension intellectuelle du monde. Tout cela est bien joli, mais cette pensée n’a de sens que pour le croyant. Celui qui ne croit pas peut essayer de comprendre le croyant en se mettant à sa place, mais il perd l’essence même de la foi. La foi, fides, cherche à comprendre le monde et à guider le croyant vers cette compréhension.

 

Je crois pour comprendre

 

« Credo ut intelligam », je crois pour comprendre. Pour comprendre, il faut croire. Or, pour avoir la foi, il faut comprendre. Donc, pour avoir la foi, il faut croire. C’est jusque-là d’une simplicité déconcertante. Seulement, un syllogisme ce n’est pas une preuve de vérité. Le syllogisme est juste logique. Une logique qu’Augustin n’hésite pas à qualifier d’absurde. « Je crois parce que c’est absurde. » Et parce que c’est absurde, la logique n’a en apparence rien de divin. L’absurdité remet en cause les contradictions humaines. Seulement, sans contradictions, il ne pourrait pas comprendre le monde, et donc de façon intrinsèque, il ne pourrait pas non plus comprendre Dieu. Finalement, l’absurdité fait partie intégrante de la compréhension de Dieu. Si l’on en vient à Dieu, disons qu’il est l’objet de la foi. Je crois en Dieu pour comprendre Dieu, car Dieu, pour le croyant, n’est pas n’importe qui : il n’y a rien ni personne au-dessus de lui, rien ni personne d’extérieur à lui, et rien ni personne n’existe sans lui. Ce constat ferait aujourd’hui bien rire nos astrophysiciens, mais il s’explique à l’époque parce que Dieu est la seule puissance transcendante. Il a créé le monde à partir du néant et donc de rien. Cela signifie dans l’esprit d’Augustin que Dieu existait avant le monde, et donc avant le temps. Dieu existe hors du temps et en dehors de toute chose. Il est partout et nulle part. Pour Augustin, « il y a trois temps, le présent du passé, le présent du futur et le présent du présent. » L’homme est prisonnier du temps, mais Dieu, lui, ne peut l’être car cela impliquerait qu’il ne connaîtrait pas le futur.

 

La route vers le bien

 

Les choses surprenantes arrivent bientôt. On pourrait prendre Augustin pour un allumé ou un fou, alors qu’il n’en est rien. Le croyant doit aimer Dieu car c’est cet amour qui nous apporte le bonheur et qui permettra le salut de notre âme. Pour comprendre Augustin, il faut comprendre que sa pensée est celle de son temps. Désirer aller au Paradis, c’est désirer le Paradis en tant que tel : le reflet de Dieu. La liberté de l’homme sur terre est à ce prix : se conformer à l’ordre divin, à la parole de Dieu. Le croyant doit donc converser avec Dieu s’ilveut recueillir sa parole. Parler à Dieu était donc considéré comme naturel pour Augustin. Pour lui, la révélation faite à Jeanne d’Arc serait tout à fait normale. Il y a de quoi se poser des questions, mais comme les Chrétiens pensaient que les miracles étaient possibles, il faut faire avec. Les miracles supposent qu’il y a des malheurs, et donc le mal. Pour Augustin, faire le bien, être le bien incarné sur terre, c’est une liberté parfaite que possède l’homme. L’homme corrompu, qui ne tend pas assez vers Dieu, possède une liberté imparfaite. Celui qui est bon c’est celui qui est touché par la grâce de Dieu. L’homme ne peut-être bon que si Dieu en a décidé ainsi. Quelle chance ! Oui, mais cela signifie qu’il faut avoir la foi pour être bon puisque c’est Dieu qui nous accorde cet honneur. Pour faire le bien, il faut aussi raisonner. Il faut comprendre l’autre afin d’être capable de l’aider. Augustin en vient à s’interroger sur la notion de mémoire. Qu’est-ce que la mémoire ? C’est une sorte de carte d’identité personnelle. La mémoire est une faculté de la pensée. C’est elle qui nous permet d’avoir conscience du passé, du présent et du futur. C’est un peu la mémoire du temps. C’est elle aussi qui organise nos connaissances et qui permet l’intel-ligence et la volonté. On comprend, dès lors, que l’histoire tienne une place aussi importante dans la pensée d’Augustin. C’est dans la Cité de Dieu qu’il définit le rapport entre Dieu et l’histoire. Dieu a lui-même une histoire. L’incarnation de Dieu en homme permet de donner un sens à la Cité des hommes. Le Christ n’est pas seulement le fils de Dieu, mais c’est un homme mortel, accablé par le malheur, ne retrouvant le bonheur qu’au ciel : la Cité de Dieu.

 

Augustin est-il fataliste ?

 

Il y a chez Augustin une sorte de fatalisme, mais un fatalisme qui repose sur une démonstration simple et naturelle alors que tout est complexe et surnaturel. C’est en cela que le génie d’Augustin est caractéristique. Il justifie notre dévouement à Dieu et la nécessité de se plier à sa parole. La Cité des hommes, le malheur et la mort, tends à devenir la Cité de Dieu, le bonheur suprême et la vie éternelle. Par cette quête du bonheur, fortement contestable selon moi, mais sincèrement défendue par Augustin, les Chrétiens justifient la conversion forcée des païens et autres hérétiques. Seulement, et c’est très important de le signaler, Augustin n’a jamais prôné la mise à mort des païens et autres hérétiques. En ce qui concerne la chute de la République romaine, Augustin l’analyse ainsi : « Là où il n’y a pas de justice, il n’y a pas de république. » Mort martyr, Augustin sera sanctifié par l’église catholique et même considéré comme Bienheureux chez les orthodoxes. Le penseur est universellement reconnu et apprécié comme étant l’un des plus grands philosophe et théologien de son temps. Concluons en entérinant un vieux débat. Augustin n’est pas un misogyne. Il prêche l’abstinence en matière sexuelle, mais il ne prêche pas contre les femmes. Alors qu’il était à Carthage, la ville « des honteuses amours », il rencontra de nombreuses et charmantes demoiselles, dont sa future femme et mère de son fils Adéodat. Par l’exemple d’Adam et Eve, Augustin estime que la sexualité appartient à un Idéal voulu par Dieu. Ce que notre penseur condamne c’est l’acte sexuel considéré dans sa seule recherche du plaisir charnel. Il affirme toutefois que « la totale abstinence est plus facile que la parfaite modération. » Sa pensée, en définitive, influencera le Moyen-Âge et en particulier des penseurs tels que Boèce, Anselme, Bonaventure ou Roland de Crémone. Plus près de nous, elle influencera Descartes, Pascal (la fameuse règle des trois concupiscences9), Malebranche, Leibniz ou encore Heidegger, Arendt ou Ricœur.

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #histoire

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